Ilsemargret LUTTMANN

Les multiples voyages en Afrique de l'Ouest, notamment au Sénégal, de Ilsemargret Luttmann et ses séjours de longue durée au Cameroun et au Mali constituent sa source d'inspiration principale pour ses tableaux.
Le regard qu'elle porte sur les pays africains visités est dans une certaine mesure celui d'une photographe ou d'une illustratrice - d'où l'aspect figuratif, mais il s'y ajoute une interprétation bien subjective qui tient compte de ses expériences personnelles voire sentimentales et qui exploite aussi ses connaissances scientifiques. Elle se permet - voilà l'acte créatif-créateur, de jumeler ces deux ou trois niveaux considérés communément comme étant disparates et incompatibles dans une approche « logique ».
De retour en Europe, elle adapte la perspective de la rétrospection, c'est-à-dire qu’elle étudie et exploite les activités de sa mémoire dans le temps. Elle contemple et elle vit dans sa peinture le processus de la transformation des impressions et expériences vécues en Afrique sous l'influence de la faiblesse de la mémoire, des exigences de la vie quotidienne, de nouvelles découvertes et sensations et des effets de la manipulation ou des informations médiatiques à l'extérieur au sujet de l'Afrique. Sans chercher à s'isoler ou à s'y défendre, elle se laisse imprégner et emporter par cette évolution. Elle y découvre un film dont les images mènent une existence autonome et vivante dans ce sens qu'elles mûrissent : elles perdent la spontanéité, les détails, « l'authenticité », mais en même temps elles adoptent un langage plus objectif et plus lisible pour un public externe. Le film s'apparente aussi à un «work in progress» ; à la différence que le produit devient progressivement plus abstrait, dépouillé de détails.
Le regard de I. Luttmann sur l'Afrique prend une perspective de plus en plus subjective et fictive à partir du moment où il se nourrit de fantasmes ou fantaisies, de plaisir exotique et de préjugés confrontés aux documents de recherche photographique et cinématographique ainsi qu'au vécu. La série « Sensualité : Une rencontre transculturelle » est fondée sur une telle vision qui essaye de réconcilier le désir de la libre association avec la volonté de dépasser ses limites culturelles. Plus particulièrement, l'artiste était tentée d'explorer une nouvelle dimension de l'esthétique et de l'érotisme à travers la mise en scène des hommes wodaabé (qui font partie de l'ethnie peule vivant dans la zone sahélienne) : l'habillement, la cosmétique, les accessoires, les mimes et les gestes. L'interprétation de ce sujet lui permet de jouer avec les techniques de la séduction, la sensualité, la vanité et l'exhibitionnisme en tant que désirs cachés dans chacun de nous. A l'ère de la globalisation, elle donne à réfléchir sur l'autre, sur les différentes méthodes d'imaginer l'autre et de s'approcher de l'autre -avec tous les sens, plein d'émotions et muni d'un esprit d'ouverture évidemment.
Ilsemargret Lutmann Auto portrait Hamburg - Décembre 2002
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