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Nathalie Jacquault
La recherche photographique que j’ai amorcée au cours de l’année 2002 donne à voir les conditions de vie et de travail des artisanes des régions du pourtour méditerranéen et d’Asie Centrale. À travers les portraits, les lieux de vie, les ateliers et coopératives artisanales, les motifs géométriques traditionnels issus des multiples productions, ou les outils utilisés, je cherche à connaître la manière dont les femmes véhiculent leur savoir-faire, leur parcours, leurs besoins et leurs rêves. Mon désir est de comprendre et de rendre compte de la relation des femmes avec leur héritage culturel traditionnel.
Mon intention est de mettre en lumière la grande richesse des héritages culturels transmis par les femmes à travers les générations, de rendre compte des difficultés et de leurs besoins en mettant en avant les possibilités économiques qu’offre le travail de l’artisanat dans les provinces et les villes où les conditions de vie sont souvent difficiles.
De plus, ce travail cherche à révéler la volonté des artisanes de s’ouvrir au monde, d’échanger et d’adapter leurs créations. Leurs savoir-faire, leurs méthodes et techniques traditionnels ainsi que leurs compétences répondent à leur désir de trouver des formes contemporaines à leur travail. C’est de cette façon qu’elles réinventent chaque jour leur patrimoine.
Parallèlement à ce travail photographique, j’ai effectué des interviews sur les motifs que les artisanes reproduisent dans leurs tissages, poteries et autres disciplines artisanales. Cette réflexion se concentre sur la fonction et le sens du motif dans l’artisanat. En effet, le motif traditionnel, plus qu’un élément décoratif, raconte le quotidien, l’environnement social, les croyances, l’histoire et les mythes des peuples. Le motif est, par ailleurs, le symbole emblématique des différentes influences culturelles qui fondent l’identité des peuples.

Beit-el-jelelia
Une reflexion sur le motif
Parcours
J’ai commencé cette recherche dans le cadre de Femmes des Deux Rives, projet de développement co-financé par le Ministère des Affaires Etrangères, mené par des ONG: la Chambre des Beaux Arts de Méditerranée, et Femmes et développement en Algérie (FEDA). Ce programme d’activité vise à préserver et promouvoir le travail des artisanes du Sud et à soutenir la commercialisation des produits par le biais de l’économie culturelle et solidaire.

En avril 2002, une première session de formation a été organisée par le réseau Femmes des Deux Rives en Algérie. Lors d’une visite à Djemila, dans la région des Hauts plateaux, j’ai pu observer la relation qui existe entre les motifs présents sur les mosaïques du site archéologique romain de la ville et ceux reproduits par les artisanes d’aujourd’hui sur leurs tissages. Ce premier reportage a donc été consacré à l’origine des motifs reproduits dans les artisanats domestiques de cette région. A El Goléa, une oasis du Haut Sahara, j’ai partagé et photographié le quotidien des tisserandes durant une semaine. Les activités du projet m’ont ensuite conduites en Jordanie où à Amman, j’ai eu l’occasion d’interviewer Widad Kawar qui possède une des plus belles collections de robes palestiniennes traditionnelles, et d’en photographier quelques pièces. Outre des rencontres avec les bédouines du Mont Bani-Hamida et les artisanes du village de Irak-al-Amir, j’ai observé le mode de vie et la fonction utilitaire de l’artisanat des nomades du désert du Wadi-Rum (sud de la Jordanie). Un voyage au Kazakhstan en août 2002, m’a permis en parallèle de découvrir un autre environnement géographique aux alentours d’Almaty. Je me suis intéressée une fois encore à l’habitat nomade qui, comme dans la région méditerranéenne, est entièrement conçu et fabriqué par les femmes. Le tissage et les textiles devenant l’intérêt central de mon travail photographique, j’ai effectué En Ouzbékistan (Août 2003), un reportage sur le processus de fabrication des Ikats de soie, du dévidage de cocons au produit fini. Puis dans une oasis du sud est du Maroc, à Figuig (octobre 2004), sur le tissage et la transaction des burnous.

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